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Ecrit par Philippe Kiener   
29-04-2007

Jesus camp

Jesus camp, un documentaire qui est sorti le 18 avril 2007, fait pas mal de bruit. Il a été tourné lors d'un camp d'été en Amérique chez des chrétiens pentecôtistes fondamentaliste.

Il pose des questions qui me paraissent intéressantes pour des parents chrétiens:

  • Où s'arrête la barrière entre un enseignement de la foi chrétienne équilibré et un lavage de cerveau.
  • Comment présentons-nous les autres religions?
  • Quelle est la place que nous devons laissé aux expressions pentecôtistes de la foi chrétienne

Voici quelques articles et la bande-annonce:

 

A l'école des soldats de Dieu

Le documentaire "Jesus Camp" sur les évangélistes américains explore l'univers de quelque 30 millions de croyants. Ils mènent une véritable guerre culturelle et préparent leurs enfants à poursuivre le combat.

"Les gauchistes vont en avoir des sueurs froides", se réjouit Becky Fischer dans le fascinant documentaire Jesus Camp. Becky Fischer, pasteur évangélique chrétienne, travaille à Kids on Fire, un camp d'été près de Devils Lake, dans le Dakota du Nord, où l'on apprend aux enfants à devenir des soldats de "l'armée de Dieu".

Cette femme joviale et dotée d'une carrure impressionnante ne cache pas son rêve de voir un jour le mouvement évangélique, en pleine croissance aux Etats-Unis, supprimer la barrière constitutionnelle entre l'Etat et l'Eglise. Et, à mesure que le film passe en revue ses méthodes, particulièrement efficaces, de mobilisation de cette armée de Dieu, ce rêve ne paraît pas si éloigné de la réalité. Ms. Fischer est parfaitement consciente que l'avenir du mouvement repose sur l'endoctrinement des enfants à l'âge où ils sont le plus impressionnables (de préférence entre 7 et 9 ans, pas au-delà de 13). Pour elle, Kids on Fire est la version chrétienne des camps d'entraînement palestiniens du Moyen-Orient qui propagent un fondamentalisme islamiste agressif. Le mot "guerre", comme dans guerre culturelle, revient sans cesse pour décrire l'état d'esprit d'un mouvement qui compte déjà 30 millions d'adhérents aux Etats-Unis, notamment dans les Etats du centre du pays.

Dans le camp de Kids on Fire, on voit des enfants en tenue de camouflage et le visage peint en train d'exécuter des danses guerrières avec des épées de bois ou de faire le salut militaire en écoutant un morceau de heavy metal chrétien. On les voit pleurer et se mettre subitement à parler toutes les langues, possédés par le Saint-Esprit. Puis, à Washington, participant à une manifestation antiavortement. Tourné en janvier 2006, au moment des auditions devant le Sénat du juge de la Cour suprême Samuel Alito [ce juge défend des positions antiavortement], le film montre une église où les fidèles prient devant un mannequin en carton à l'effigie de George W. Bush. La confirmation de la nomination du juge Alito est saluée comme une nouvelle victoire du mouvement, dont l'objectif prioritaire est l'interdiction de l'avortement.
La majorité des enfants de Jesus Camp ne vont pas à l'école. Ce sont leurs parents évangéliques qui se chargent de leur éducation. Ils leur enseignent le créationnisme et rejettent les sciences. L'adorable Levi, 12 ans, cheveux courts devant, longs derrière, est destiné à devenir un pasteur évangélique. Déjà doté d'un charisme de star, il parade au milieu d'un groupe d'enfants, agitant les bras et récitant le dogme sur l'importance de sa génération. La petite Tory, 10 ans, affirme le plus sérieusement du monde qu'elle danse "pour Dieu" et pas "pour la chair". Mais la grande question est de savoir ce qui adviendra quand ces enfants si mignons et si bien dressés grandiront et s'aventureront hors de leur maison et de l'église.

Dans Jesus Camp, une voix isolée et inquiète souligne les dangers du mouvement : c'est celle de Mike Papantonio, animateur vedette de la radio Air America. Chrétien à l'ancienne mode, comme il se définit lui-même, il s'engage dans un débat pointu mais amical avec Ms. Fischer quand celle-ci appelle lors de son émission. Le seul véritable moment de tension du film survient au cours d'un voyage à la méga-église de Colorado Springs, où le pasteur Ted Haggard, président de l'Association nationale évangélique (et ami de Bush) s'adresse à la caméra plein de soupçons et d'agressivité. C'est tout ce que le film montrera du côté violent et détestable du mouvement.
Jesus Camp ne prétend pas être une étude complète du phénomène évangélique. Il n'offre aucune perspective historique ou sociologique, mais seulement quelques chiffres sur la croissance du mouvement. Il survole le programme politique en se concentrant sur le problème de l'avortement et sans mentionner l'homosexualité ni d'autres questions. Puisqu'elle insiste sur l'éducation des enfants, Becky Fischer peste contre Harry Potter. Mais il n'y a pas d'analyse de l'enseignement biblique et il n'est pas fait mention de "fin des temps" ni d'"enlèvement" [des justes au retour du Christ sur Terre].

Qui pourrait nier que la popularité de ce mouvement est en partie due à l'appauvrissement de la culture de masse, dans laquelle seules dominent les valeurs commerciales et où triomphe une vision darwinienne et amorale du monde ? Propagé à grande échelle par le petit écran, le plus petit dénominateur commun de "l'humanisme séculier" - ennemi juré des évangéliques – n'est guère séduisant.
Il n'y a pas si longtemps, une autre armée de jeunes puritains, les Gardes rouges de Mao Zedong, a bouleversé le pays le plus peuplé du monde. Aujourd'hui, l'émergence d'une version américaine, chrétienne et de droite de ce qu'on a vu en Chine ne paraît plus aussi chimérique.

Stephen Holden
The New York Times

http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=72812

 

ENTRETIEN AVEC BECKY FISCHER Directrice de Kids in Ministry International

BECKY FISCHER

Pasteur pour enfants depuis 15 ans, Becky Fischer a été élevée dans un milieu pentecôtiste traditionnel. Croyante depuis son plus jeune âge, elle est convaincue que les enfants peuvent très tôt se mettre au service de Dieu. Depuis qu'elle est pasteur, elle a en effet pris conscience que les enfants constituent un “réservoir encore inexploité” de futurs Ministres de l'Evangile. Elle consacre désormais toute son énergie à diriger Kids in Ministry International : elle se partage entre la rédaction d'articles, l'organisation de voyages missionnaires, et l'évangélisation des parents.

Quelle a été votre première réaction en voyant le film ?

La première fois que je l'ai vu, je me suis posé pas mal de questions sur sa dimension politique. C'est une dimension qui n'a été abordée que 9 mois après le début du tournage, et c'était bien la dernière chose qui, à mon sens, ressortirait du film. Ça m'a un peu empêchée d'y prendre du plaisir. Pour tout vous dire, j'ai bien aimé le film, mais j'ai des réserves car je ne considère pas le travail que nous faisons avec les enfants comme politique. Par exemple, on a fait beaucoup de battage autour du fait qu'un des orateurs est venu, lors d'une conférence, avec une affiche grandeur nature du président Bush et a demandé à nos enfants de prier pour lui. On a voulu voir cela comme un affreux geste politique, notamment parce que tout le monde sait qu'une majorité d'évangéliques ont voté pour l'actuel président. Mais, en tant que chrétiens, nous ne voyons pas cela comme un stratagème politique. Nous n'avons fait que respecter la loi chrétienne.

Plus tard, nous avons invité un pasteur qui a expliqué aux enfants qu'il était très grave de détruire une vie innocente, car Dieu éprouve une haine terrible pour ce genre d'actes. Il leur a demandé de prier pour que l'arrêt “Roe vs. Wade” (garantissant à chaque citoyenne américaine le droit à disposer de son corps) soit aboli et qu'on mette fin à l'avortement - qui, pour nous, revient à détruire une vie innocente. Nous reconnaissons bien volontiers qu'il s'agit là d'un sujet politique ultra sensible aux Etats-Unis. Mais, pour nous chrétiens, il ne s'agit vraiment pas de politique. Il s'agit seulement de se conduire en bons chrétiens et de respecter des principes moraux !

Que souhaitez-vous que le public retienne du film ?

Il vaudrait mieux parler des publics : les spectateurs laïques d'un côté et la communauté évangélique de l'autre. Au départ, je me suis demandé ce qui pourrait bien intéresser les spectateurs laïques. Maintenant que le documentaire a pris un tour politique, je crains que ce public-là ne se focalise que là-dessus et passe totalement à côté de la puissance de Dieu qui se manifeste chez de tout jeunes enfants. Nous voulons que les gens comprennent que Dieu est bien réel, bien vivant, et qu'il est présent dans nos vies.

Quant à la communauté évangélique, j'espère qu'elle sera sensible à la dynamique spirituelle que nous avons initiée chez nos enfants. J'espère que les chrétiens sauront faire abstraction du bla-bla politique et apprécier le film à sa juste valeur : il s'agit d'un film sur la foi extrême, pas sur la politique. Le film parle également de l'importance d'éduquer les enfants dans la foi chrétienne : ces derniers sont à même de comprendre et de ressentir cette foi extrême car ils appartiennent à une génération extrême.

Ces enfants ne veulent pas rester à l'écart du christianisme jusqu'à leur majorité. Ils veulent faire partie intégrante du dessein de Dieu dès MAINTENANT ! Si les chrétiens ne s'en rendent pas compte, nous courons le risque de voir la prochaine génération perdue pour la cause chrétienne. J'espère que les chrétiens vont en prendre conscience et élever leurs enfants en conséquence afin qu'ils deviennent de vrais acteurs du royaume de Dieu.

Est-il important d'inculquer aux enfants leurs responsabilités vis-à-vis de la société ? Pourquoi ?

Oui. Mais on ne leur apprend leurs responsabilités qu'en leur inculquant une vision du monde chrétienne. Des études ont montré que les valeurs morales se développent chez l'être humain entre l'âge de 7 et 9 ans, et changent très peu par la suite. Les mêmes études indiquent qu'un adolescent de 13 ans conserve plus ou moins la même vision du monde - bonne ou mauvaise - jusqu'à la fin de ses jours.

Une étude récente, qui stigmatise le déclin des valeurs morales dans la culture américaine, rappelle l'importance de l'enseignement aux enfants de valeurs fortes, ancrées dans la Bible. Si on se penche sur les quatre dernières générations, on constate que : Chez les “Bâtisseurs” (nés entre 1927 et 1945), 65% adhéraient aux valeurs bibliques. Chez les “Baby-boomers” (nés entre 1946 et 1964), 35% adhéraient à ces mêmes valeurs. Chez les “Destructeurs” (nés entre 1965 et 1983), à peine 16% adhèrent à ces valeurs. Chez les “Millénaristes” (nés après 1984), 4% y adhèrent.

Quel a été l'impact sur la société ? Les Baby-boomers occupent actuellement les plus hautes fonctions en politique, dans l'entreprise, dans l'éducation, la haute technologie, les médias etc., et, bien que 35% d'entre eux adhèrent encore aux valeurs bibliques, nous sommes désormais confrontés à : Une invasion de films et d'émissions de télé moralement corrompus Une production musicale de plus en plus déviante 50% des mariages qui se terminent par un divorce L'invasion de la pornographie sur Internet Une augmentation inquiétante de la violence domestique et à l'école Des initiatives citoyennes destinées à promouvoir le mariage homosexuel et à saper les valeurs familiales traditionnelles La légalisation de l'avortement : un tiers des grossesses aboutissent à un avortement Une augmentation catastrophique de l'alcoolisme et de la toxicomanie A quoi ressemblera notre société lorsque les Millénaristes dirigeront le monde, alors que seuls 4% d'entre eux croient encore à des valeurs chrétiennes ? C'est dès l'enfance que nous devons inculquer l'Evangile, et dispenser des valeurs morales qui auront ensuite un impact sur l'ensemble de la société. Si nous attendons l'adolescence pour agir, il sera déjà trop tard !

En quoi ces enfants sont-ils différents des enfants laïques ?

Ces enfants n'ont rien d'extraordinaire : ils aiment jouer, rire, faire du vélo, manger des bonbons et des glaces, et faire tout ce que font les enfants en général. La seule différence, c'est qu'on leur a donné une foi solide en Dieu qu'ils voient comme leur créateur, ami et sauveur. Ils savent que Dieu les aime, qu'ils ont été créés à Son image et qu'Il a un formidable dessein pour eux, qui commence dès maintenant ! Ces enfants ont senti la présence de Dieu, entendu Sa voix, incarné ses mains et ses pieds en guérissant les malades, en prêchant et en prophétisant. Cela leur a donné une confiance en eux hors du commun. Dieu est bien réel à leurs yeux, et ils L'aiment de tout leur coeur.

En quoi êtes-vous différente d'autres pasteurs pour enfants ? Pourquoi votre méthode plaît-elle autant aux enfants ?

Les enfants sont avides de surnaturel. Il s'agit de la génération Harry Potter ! Ces gamins veulent savoir s'il y a vraiment une école de sorcellerie où ils peuvent apprendre à jeter des sorts, car ils sont convaincus qu'il existe bien un monde surnaturel. Quand on leur dit que Dieu veut se servir d'eux pour faire des miracles, ils ne parlent pas de doctrine avec nous, ils s'exécutent, un point c'est tout !

Dernière mise à jour : ( 29-04-2007 )
 
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